Je suis Julie

Romano et moi nous sommes rencontrés à Nuku Hiva aux Marquises en avril 2016. J’avais embarqué sur un voilier depuis peu et lui naviguait sur son voilier « Quizas », un Kirk des chantiers Amel. Je l’ai rapidement rejoint pour partager sa vie et continuer le voyage ensemble.

 

Je suis franco-espagnole et je suis née à Grenoble en 1983. J’ai grandi entre la mer et la montagne. Hormis quelques camps d’optimiste petite qui ne m’ont laissé que peu de souvenirs, je n’avais aucune expérience de la voile avant d’embarquer comme équipière en 2016.

 

J’ai toujours voulu voyager, m’extasier devant le monde, en prendre plein les mirettes ! Mais j’ai aussi toujours su que le jour où je partirai je ne rentrerai plus à la maison. J’ai la chance d’avoir une famille extraordinaire que j’aime plus que tout, aussi sauter le pas a été difficile et long. Il a fallu que je sature de la vie occidentale pour me lancer. C’était devenu salutaire.

 

Pour moi la vie en mer ne se résume pas à la navigation et au voyage. Elle me permet de vivre pleinement et librement mon éthique de vie. Je suis fermement convaincue de la nécessité de la décroissance. La surproduction n’est pas seulement un drame écologique c’est avant tout une tragédie humaine. La vie simple que je mène, les personnes entières que je rencontre me remplissent au quotidien.

 

Lorsqu'on vit en pleine nature au rythme des éléments, on s’aperçoit que l’on est très petit et que bien souvent mère nature décide pour nous. Cela rend humble et on ne perd plus de temps à courir après du superficiel. Je n’ai pas besoin de grand-chose et j’essaie de recycler le plus possible. Bien sûr je ne compte pas que sur un couteau suisse et je continue de penser que la machine à laver le linge reste le plus grand progrès de l’humanité mais l’autosuffisance me fait rêver.

 

Je pourrais évidemment vous parler des dauphins, des lagons paradisiaques, des nuits étoilées et du vent dans les cheveux. Je préfère mentionner toutes ces rencontres magiques qui jalonnent mon voyage : des gens fous pour la plupart, car pour prendre le large il faut avoir un grain de folie (un gros!), des locaux avec qui, à défaut de partager la langue, on partage un sourire, une attention et toutes ces personnes qui vous apprennent tellement. Bien que mes proches restés au pays me manquent je ne pourrais pas vivre autrement aujourd’hui et le plus cadeau que je puisse faire aux autres est de leur faire découvrir toute cette beauté.

Je suis Romano

D’origines plutôt variées, j’ai voyagé depuis ma plus petite enfance mais le virus des bateaux m’a sauté dessus sans crier gare et pas vraiment à la sortie du berceau…

 

En 2000 j’ai acheté trois sous un vieux gréement en Hollande que j’ai refait du mieux que j’ai pu entre Marseille et l’Italie. Je suis ensuite allé traîner en Amérique du sud pas mal de temps . En 2009, mon « Caminito » a rendu sa vieille carcasse à la mer et j’ai changé de bateau par la force des choses…

 

C’est en Guyane que j’ai trouvé un autre bateau abandonné (oui, c’est un peu récurent cette manie de ne rien acheter de neuf…) : le « Quizas », un bon petit voilier solide et fidèle de 11 mètres. Avec lui j’ai continué la route vers les Antilles, le Vénézuela, la Colombie, le Panama et, en 2014 la longue route vers la Polynésie.

 

Comme Julie vous le disait plus haut, c’est aux Marquises que nous nous sommes rencontrés et ensemble, très vite, on a cinglé vers l’Asie en passant par les Cooks, les Samoas, les Vanuatus, la Papouasie, la Micronésie et les Philippines pour atterrir à Bornéo. 

 

J’ai toujours rêvé d’avoir un grand bateau, un méchant atelier avec plein d’outils, de la place pour mes accordéons, de l’espace pour accueillir les amis, un bon voilier bien haut sur l’eau sur lequel tu ne te fais pas rincer à longueur de quarts. Pour moi, le Mana iti c’est un peu comme l’aboutissement d’un rêve de gosse, et, en même temps, un moyen de naviguer différemment.

 

Les temps changent  vite de nos jours avec le surdéveloppement de la plaisance. Les taxes de douane et les passages dans les îles ne sont plus gratuits, loin de là… et c’est un peu à nos dépens que nous l'avons constaté pendant cette navigation vers l’Asie. Outre le plaisir d’accueillir des équipiers, je dois bien avouer que naviguer sans argent n’est plus du tout dans l’air du temps et que parmi les  possibilités de continuer le voyage tout en restant fidèle à notre mode de vie, celle-ci me paraît ce qu’on peut faire de mieux : partager la mer sans la consommer, partager du temps sans le compter et... partager l’addition pour maintenir le navire à flot !!!